Sur la pensée positive …

Jean Bouchart d’Orval

« La technique de la pensée positive n’est pas une technique qui vous transforme: elle se limite à réprimer les aspects négatifs de votre personnalité. C’est une technique basée sur le choix. Elle ne peut pas bénéficier de la sensibilisation: cela va à l’encontre de la sensibilisation. La conscience est toujours sans choix. La pensée positive signifie simplement forcer le négatif à aller dans l’inconscient, et conditionner l’esprit conscient avec des pensées positives. Mais le problème est que le subconscient est beaucoup plus fort, neuf fois plus fort que l’esprit conscient. Donc quand quelque chose devient inconscient, il devient neuf fois plus fort qu’avant. Peut-être ne se manifeste-t-il pas à l’ancienne, mais trouve de nouvelles manières d’expression.
Les idées négatives de votre esprit doivent être libérées, elles ne doivent pas être réprimées par des idées positives. Vous devez créer une conscience qui n’est ni positive ni négative. Ce sera une pure conscience. Dans cette pure conscience, vous vivrez la plus naturelle et la plus joyeuse des existences. 

Si vous réprimez une mauvaise idée, car elle vous fait vous sentir mal, vous pouvez sourire, mais votre sourire sera limité à vos lèvres. Dans votre vie il y a des milliers d’émotions négatives et alors toutes ces ordures continuent à s’accumuler dans l’inconscient et un hypocrite prend forme à la surface, en disant: «J’aime tout le monde. L’amour est la clé du bonheur.» Mais il n’y a pas de bonheur dans la vie d’une personne comme ça! Il y a un vrai enfer en elle. Il peut tromper les autres, et s’il continue à les tromper pendant un temps suffisamment long, il finit par se tromper lui-même. Mais ce n’est pas un changement. C’est juste gaspiller sa vie, qui a une valeur immense, car une fois jetée, vous ne pouvez pas le récupérer.

La pensée positive, si vous voulez l’appeler par son vrai nom, n’est rien d’autre que la philosophie de l’hypocrisie. Quand tu as envie de pleurer, ça t’apprend à chanter. Vous pouvez réussir si vous essayez, mais ces larmes refoulées sortiront à un autre moment, dans une autre situation. Il y a une limite à la répression. Et la chanson que tu chantais est totalement insignifiante: tu ne l’as pas sentie, elle ne vient pas de ton cœur. Il est né seulement du fait que cette philosophie dit de toujours choisir ce qui est positif.
Je suis absolument contre la pensée positive. Vous serez surpris de savoir que si vous ne choisissez pas, si vous restez dans une conscience libre de choix, votre vie commencera à exprimer quelque chose qui n’est ni positif ni négatif, quelque chose de supérieur aux deux. Donc, vous ne serez pas un perdant. Ce ne sera pas positif, ce ne sera pas négatif, ce sera existentiel. Donc, s’il y a des larmes, ils auront leur propre beauté; ils auront leur propre chanson. Vous n’avez pas besoin de chevaucher une autre chanson avec eux: ils viennent de la joie, de l’épanouissement, pas de la tristesse ou de l’échec. Et si la chanson explose, ce ne sera pas contre les larmes ou le désespoir: c’est simplement l’expression de votre joie, ce n’est pas contre ou en faveur de quelque chose. C’est simplement la floraison de votre être; c’est pourquoi je l’appelle existentiel.


“Si vous pensez en négatif, des choses négatives vous arriveront, si vous pensez positivement, des choses positives vous arriveront”: il n’y a qu’en Amérique ou cela a beaucoup de prise. Nulle part ailleurs dans le monde la pensée positive n’a de prise, parce que c’est une chose enfantine. La pensée positive a conduit l’Amérique sur un très mauvais chemin: elle a rendu les gens hypocrites. De nos jours, c’est la philosophie qui, en Amérique, a une plus grande emprise. En fait, ce n’est même pas une philosophie: ce sont juste des ordures. Elle se limite à donner de l’espérance aux gens, aux gens qui perdent tout espoir.»
(O. 1986)

Jean Bouchart d’Orval

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